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GEORDIE GREEP

Le Makeda • Placement libre – Debout
GEORDIE GREEP

Après trois albums étonnants avec black midi, dont le plus récent est 'Hellfire' (2023), et des tournées mondiales quasi ininterrompues pendant près de cinq ans, Geordie Greep (guitariste et chanteur de black midi)  a trouvé le temps d'enregistrer son premier album solo 'The New Sound', un album qui lui a permis d'explorer des idées créatives comme jamais auparavant.

Geordie Greep : "Avec l'enregistrement de “The New Sound”, c'était la première fois que je n'avais personne à qui rendre des comptes. Et chaque idée que j'ai eue, j'ai pu la suivre jusqu'au bout. Dans un groupe (black midi), on a souvent ce sentiment de pouvoir tout faire, mais on est aussi un peu limité dans cette approche, et parfois, il est bon de faire autre chose, de lâcher prise ».

Le premier album solo de Geordie affiche une forme de pop alternative ludique, ambitieuse et de haute volée, comme on n’en avait pas entendu depuis longtemps, oscillant avec une aisance déconcertante entre le ridicule et le génie.

La manière dont le disque a vu le jour a de quoi fasciner. Plus de trente musiciens de session ont participé à son élaboration, sur deux continents. Greep explique : « La moitié des morceaux a été enregistrée au Brésil, avec des musiciens locaux réunis à la dernière minute. Ils n’avaient jamais rien entendu de ce que j’avais fait auparavant ; seuls les démos que j’avais réalisées les intéressaient. Les prises ont été bouclées en un, peut-être deux jours. »

L’esprit des soliloques de Greep, de plus en plus fébriles et insaisissables, évoque à la fois Frank Zappa et Frank Sinatra, avec une bonne dose de Scott Walker en filigrane.

Le morceau instrumental éponyme est une pièce jazz-funk énergique qui pourrait tout aussi bien servir de bande originale à une série télévisée ou de musique d’ouverture pour une comédie musicale de Broadway. Cuivres, pédale wah-wah, accents de basse, chœurs et polyrythmies bouillonnent et s’entrechoquent, créant une sensation d’excitation et d’attente. Les morceaux oscillent souvent entre murmures et éclats, et commencent comme ils se terminent : avec fracas.

Les histoires, elles, ressemblent à une liste de courses. Une série de vignettes où Geordie Greep joue le rôle de maître de cérémonie et de chef d’orchestre. Les personnages que l’on y rencontre se livrent à des fantasmes débridés et se retrouvent dans des situations où ils finissent inévitablement par échouer. « Le thème principal du disque, c’est le désespoir : quelqu’un qui se persuade qu’il maîtrise tout, alors que ce n’est pas le cas. » Greep donne ici des couleurs à un ensemble d’imaginaires incluant le cannibalisme, le fait d’être bouilli vif ou encore une femme donnant naissance à une chèvre.

La vie urbaine imprègne tout The New Sound : l’auditeur est plongé dans un monde de cafés, de bars, de chambres louées, de cabarets et de musées étranges. On y voit nos protagonistes accomplir une série de missions espiègles, de jeux de rôle militaires ou de réussites socio-économiques. Les frontières entre parodie et sermon y sont souvent floues. Le romantisme urbain et raffiné du single « Holy Holy » raconte une liaison imaginaire dans une boîte de nuit, portée par des accords indie des années 2000 et des arrangements flamboyants de big band latin — incluant une attaque à trois pianos.

Et maintenant ?

« Mon idée, c’est de “faire un coup à la Keith Jarrett” : avoir un groupe différent de musiciens de session dans un lieu différent, et assumer le fait que nous n’obtiendrons jamais le même résultat. »

Après tout, comment quoi que ce soit pourrait-il être “identique” avec Greep à la barre ? »