Depuis l’adolescence, Nina compose à la guitare et écrit ses premières chansons seule dans sa chambre. Avec le temps, elle se forme au sein d’un duo et découvre le clavier, avant de choisir de créer en solo, avec une idée forte : préserver une liberté totale. À l’été 2022 paraît Adieu, son premier EP auto-produit. Remarqué, il lui ouvre l’accès à ses premières scènes, à des festivals dédiés à l’émergence et à des collaborations avec des artistes plus confirmés.
Très vite, Nina s’isole pour écrire un nouveau répertoire. Elle associe désormais son patronyme, Uzan, à son prénom : un geste comme une déclaration, une volonté farouche d’affirmation de soi. Après avoir longtemps cherché sa place, Nina Uzan ouvre la voie vers Charades, un nouvel EP qui consacre sa mue artistique. À 28 ans, elle y raconte, en plusieurs actes, le cheminement lent, parfois douloureux, qui mène vers une ère nouvelle. S’y glissent ses doutes, ses complexes, sa pudeur, et les nombreux obstacles qui jalonnent une quête de soi en perpétuel recommencement. « S’ouvrir, c’est comprendre ses failles, se chercher, grandir mais aussi se perdre pour changer », confie-t-elle. Une sorte de catharsis pour passer de la brume à la lumière, et embrasser la transformation, le mouvement.
Les textes de Nina Uzan mêlent allégresse et anxiété, élan vital et fragilité. Ils oscillent entre la volonté de bâtir une confiance solide et la peur d’échouer, tapie sous la peau. La Fièvre, premier titre, s’ouvre sur cette phrase incisive : « Je veux sauver mon corps, je veux ranger le désordre. » On y entend parler de plaies et d’entorses que l’on « calme par la fièvre », celle des nuits égarées, à danser pour oublier, pour s’oublier. Le cœur en arythmie, l’urgence de vivre enfin. Sur Himalaya, elle entreprend l’ascension de sommets qui semblent inatteignables : « J’ai frôlé le vide mais on en revient tu sais, l’arrivée n’est qu’un prétexte au chemin qu’on fait. » Consciente d’être « son ennemie, sa propre esclave », elle court sous La Foudre en imaginant des lendemains meilleurs. Les lignes de basse métronomiques soutiennent un groove froid. Les synthés lumineux tapissent le contraste. Ils illustrent cette confusion des sentiments parfois dans la dissonance, tandis que Charade et Entre-Deux suspendent le temps pour laisser place au doute puis à l’introspection.
En promeneuse solitaire, Nina Uzan a écrit, composé et arrangé l’ensemble des morceaux sur son laptop pendant près de deux ans. Puis elle rencontre Saint DX, avec qui elle entame un travail d’orfèvre : il affine les arrangements, repense les beats, façonne les textures : « Saint DX est le seul qui a saisi où je voulais aller. Nous avons passé du temps en studio tous les deux pour qu’il comprenne ma manière de composer. Chaque fois qu’il trouvait une harmonie ou un synthé pour sublimer une chanson, nous étions vraiment raccords. C’est bluffant d’avoir une sensibilité musicale aussi commune. » D’autres sessions avec le batteur Louis Delorme et le guitariste Adrian Edeline enrichissent la palette sonore. La matière est ensuite confiée à Michael “Mitch” De Clerck pour le mix.
Nina Uzan s’impose comme l’héritière d’une pop racée et élégante, qui doit autant à Étienne Daho et aux audaces de la scène française des années 80 qu’à l’énergie minimaliste et nerveuse des élans new yorkais. Une pop suave, frénétique qui se danse, soufflant tour à tour le chaud et le froid. Une pop qui raconte les tourments, les élans et les interrogations d’une jeune femme — et peut-être d’une génération — qui pose les questions, mais suggère les itinéraires, souvent escarpés. Charades devient alors un passage, une traversée, une invitation à approcher son propre Shangri-La ou à franchir ses sommets.
