Espace Julien

ZED YUN PAVAROTTI

Espace Julien • Placement libre – Debout
ZED YUN PAVAROTTI

Charlan Zouaoui-Peyrot, dit Zed Yun Pavarotti, montre encore et toujours son évolution tout en revenant sur ses thèmes de prédilection : l’urgence de la transcendance, du sens, écrasé entre sublime et grotesque (ses tatouages sur le visage), l’absurde de la vie (sa main en plastoc), la réponse ultime qu’est le suicide sous toutes ses formes, rapides ou lentes, déguisées ou nues, pudiques ou exhibitionnistes, et, à la fin des fins, l’amour qui lisse tous les creux et tous les obstacles.

Parmi les titres phares de l’album, on retrouve le premier single Si Dieu fume, tube strokes-ien porté par un refrain mystique et une tension brute à la Fontaines D.C., ou encore Sous ma veste, prière à soi-même qui devient tube de soirée. Et puis encore et surtout, Quand est-ce qu’on oublie qu’on s’aime, ballade pop mélancolique en featuring avec l’imprévisible et talentueuse Marguerite Thiam. Paroxétine reprend la cadence et l’esprit de son ancien album Beauseigne, clin d’œil neuf aux origines. Enfin, Sorry, comptine monstrueuse, à chanter tendrement avant la fin du monde. L’album est un festival bigarré de mélodies, entre Woodstock et Coachella, entre Neil Young, Wet Leg, The Who ou, plus étonnant, à l’autre bout du spectre, une machine à tubes comme Dua Lipa, par ces refrains que l’on retient immédiatement après les avoir entendus. Bref, Zed Yun Pavarotti : un artiste qui ne s’excuse pas d’être lui-même.

Les thèmes de l’identité sont d’ailleurs omniprésents et se côtoient sous forme de cadavres exquis labyrinthiques, tantôt textes à trous, tantôt textes à clefs. Cet album est l’objet d’un artiste désormais connu pour sa carrière multiple : versatile et constant à la fois, toujours en train de prendre un autre chemin tout en restant invariablement reconnaissable.

Et reconnaissant. Réflexe coupable des autodidactes, Zed Yun sait d’où il vient et se souvient de celles et ceux, vivants ou morts, qui ont croisé son chemin : de la dame de la boulangerie en bas de chez lui à Paul McCartney, ils ont tous leur place dans l’univers du chanteur. Des visages, des voix, pas d’institutions ni d’écoles à remercier : il a eu le bac littéraire en candidat libre, puis a rapidement abandonné ses études de théologie, seule discipline qui l’avait réellement intrigué.